La première harmonie d’un restaurant – L’organisation des talents

Hier soir, la salle était pleine et pourtant quelque chose retenait l’élan.

Les plats sortaient bien.

Le chef tenait son passe avec précision.

Les assiettes étaient nettes.

Et malgré cela, le service avançait comme dans un léger courant contraire.

On sentait des micro-retards, des regards qui se cherchent, des consignes qui se répètent. Rien de grave. Juste une fatigue diffuse.

En observant, la scène se dessinait d’elle-même.

Le maître d’hôtel parlait du vin d’une voix correcte, appliquée, mais sans étincelle.

Le commis, un peu lent dans ses déplacements, retrouvait soudain de l’assurance lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bouteille.

La serveuse hésitait au moment de noter la commande, puis se transformait lorsqu’elle présentait le plat, trouvant les mots justes, le sourire exact.

En cuisine, le second exécutait sans s’installer, alors que son regard changeait dès qu’on évoquait un dessert.

Même le plongeur, dans le fond, donnait le rythme lorsqu’il fallait organiser les choses.

Tout le monde travaillait.

Mais chacun semblait légèrement décalé.

Ce restaurant ne manquait ni de produits, ni de compétence.

Il manquait d’ajustement.

Il y a des lieux où tout est correct et pourtant rien ne circule vraiment.

Parce que les personnes ne sont pas là où elles sont le plus vivantes.

En gastronomie, on parle souvent de cuisson juste, d’assaisonnement précis, d’accord parfait.

On oublie que la première harmonie est humaine.

Quand chacun retrouve son endroit naturel, la salle change d’atmosphère sans qu’on puisse expliquer pourquoi.

Le service se détend.

La cuisine respire.

Le client le sent sans le savoir.

Parfois, l’art de vivre commence simplement par là :

mettre chacun à sa place.

Cyril Brun

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