Boire ou déguster, telle est the question !

« Buvez parce que vous n’en avez pas besoin, car c’est irrationnel et c’est l’antique santé du monde » Chesterton 

Ainsi posée sans son paragraphe préambule, cette injonction de Chesterton est du type à envahir la toile friande de phrases chocs et particulièrement les murs facebokiens de la guilde des joyeux buveurs dont il m’arrive de partager la bonne humeur.

Pour autant, notre Anglais du savoir-vivre, plaide tout à rebours du levé de coude compulsif. Plus ! Il refuse au malheureux le droit de boire, comme on refuserait au cochon la confiture ! Telle serait la profanation du graal forgé avec tant d’ardeur par les ouvriers de Dionysos. 

Le vin ne se boit pas distraitement, c’est lui faire affront ! Le vin ne se boit pas parce qu’on a besoin de lui ou de ses promesses d’oubli, ce serait en faire l’esclave de notre propre esclavage, cette dépendance qui nous pousse à fuir en lui notre effroi de la souffrance. Le vin se boit quand on est libre de le refuser parce que c’est alors qu’il se livre tout entier. Ingurgiter le liquide qu’il soit rouge, blanc ou rosé, n’est pas boire du vin car le vin est un miracle qui se déploie en bouche pour inonder l’âme de sa contemplation !

Boire un vin qu’il soit tranquille ou qu’il frétille, comme déguster un whisky, non moins cher à Chesterton, tout autant que savourer l’art d’un maître queue n’est pas sustenter le corps mais ravir l’esprit et nourrir l’âme.

En un mot, comme en une gorgée, boire c’est contempler. 

Voyez combien est vraie cette sentence. La contemplation du vin ne se meut-elle pas, lorsqu’elle est partagée en louange, comme la contemplation du divin s’achève en Alléluia ?

Laisser un commentaire